Cinq ans après la grande réforme qui a remplacé la PACES par le PASS et les LAS, la cartographie des voies d'entrée aux études de santé reste mal comprise. Sur les forums, les discussions tournent en boucle autour des mêmes questions : « PASS ou LAS, qu'est-ce qui me donne le plus de chances ? » « Faut-il viser une LAS sciences ou une LAS sciences humaines ? » « Et l'accès direct, ça concerne qui ? » Pour démêler les fils, nous avons passé deux mois à éplucher les modalités d'admission de douze facultés, à interroger six doyens, et à recueillir le retour de quarante-deux étudiants ayant emprunté l'une ou l'autre voie. Voici ce qui ressort.

Trois voies · trois logiques

Avant d'entrer dans le détail, il faut rappeler ce que la réforme de 2020 a réellement changé. Avant : la PACES, voie unique, sélection en fin de première année. Après : trois voies parallèles, deux chances d'entrée par étudiant, et une logique de diversification des profils.

Le PASS · le chemin direct

Le Parcours d'Accès Spécifique Santé reste, dans l'esprit des étudiants comme dans la réalité statistique, la voie principale. Environ 60 % des admis en deuxième année de médecine viennent du PASS. C'est une année dédiée à la santé, avec une mineure obligatoire dans une autre discipline (lettres, droit, sciences, etc.). En cas d'échec à la sélection de fin d'année, l'étudiant peut basculer vers la mineure et tenter à nouveau l'année suivante via la voie LAS.

La LAS · la diversification

La Licence avec option Accès Santé est une licence classique (droit, biologie, psychologie, lettres, etc.) avec un module santé en plus. L'étudiant peut candidater aux études de santé en fin de L1, L2 ou L3. Environ 35 % des admis empruntent cette voie. La LAS se veut une réponse à la fameuse « voie unique » reprochée à la PACES : elle permet à des profils non scientifiques d'accéder aux études médicales tout en validant un diplôme en parallèle.

L'accès direct · les passerelles

Plus discret, l'accès direct concerne environ 5 % des admis. Il s'adresse aux titulaires de certains diplômes (master, doctorat, écoles d'ingénieur, parfois licence avec mention) souhaitant se réorienter vers les études médicales. Les modalités varient selon les facultés et les places sont rares, souvent une trentaine par fac et par an.

Aucune voie n'est universellement meilleure. La meilleure voie, c'est celle qui correspond à ton profil, pas celle dont tu rêves d'avance.

Le mythe du « meilleur chemin »

Sur les forums, on lit régulièrement que « la LAS est plus simple » ou que « le PASS donne plus de chances ». Les chiffres racontent une histoire bien plus nuancée. Le taux de réussite réel dépend principalement de trois variables : le profil de l'étudiant, la faculté, et la matière de la mineure ou de la licence.

VoieTaux de réussite moyenProfil idéal
PASS22 % (national)Bon scientifique, capable de soutenir un rythme intensif
LAS Sciences18 %Étudiant scientifique souhaitant un plan B solide
LAS Sciences humaines11 %Profil hybride, fort intérêt pour les sciences humaines
Accès directvariable (3 à 25 %)Diplômé en réorientation

Mais attention : ces moyennes nationales masquent d'énormes variations locales. À Bordeaux, le taux de réussite en LAS sciences atteint 24 %, au-dessus du PASS national. À Lille, à l'inverse, la LAS sciences humaines ne dépasse pas 6 %. Avant de choisir une voie, le bon réflexe est de demander à ta fac cible les chiffres locaux, pas les chiffres nationaux qui circulent partout.

Comparatif fac par fac

Paris Cité

Position dominante du PASS (75 % des admis), mineures variées (jusqu'à 18 disciplines disponibles). Les LAS sciences sont compétitives ; les LAS sciences humaines beaucoup plus accessibles mais avec un taux de réussite plus faible. Notre conseil : PASS si tu te sens à l'aise scientifiquement, LAS sciences si tu veux un solide plan B en biologie.

Sorbonne Université

Profil similaire à Paris Cité, mais avec une politique LAS plus stricte : peu de places, sélection ardue. Si tu cibles la Sorbonne, le PASS reste la voie naturelle. Quelques places en accès direct pour les masterants en biologie ou pharmacie.

Lyon 1

Lyon 1 est la fac qui a le plus diversifié ses voies : 26 % de ses places sont réservées aux LAS, contre 14 % à la Sorbonne. Les LAS sciences (chimie, biologie, STAPS) y obtiennent d'excellents résultats. Pour un profil scientifique ouvert, c'est probablement la fac qui offre la meilleure flexibilité.

Aix-Marseille

Système hybride avec un fort accent sur la LAS Droit-Santé, qui obtient des résultats étonnamment bons (19 % de réussite). À considérer si tu hésites avec une carrière juridique en santé publique ou en droit médical.

Bordeaux

Notre belle surprise. Bordeaux a investi massivement dans l'accompagnement LAS : tutorat dédié, modules d'harmonisation scientifique en début de L1, bourse au mérite pour les LAS admis. Résultat : un taux de réussite LAS sciences de 24 %, le plus élevé de France.

Lille

Profil très orienté PASS (80 % des admis). LAS plus marginales et peu accompagnées. Peu recommandé pour un profil hésitant.

Les vraies questions à se poser

Au-delà des statistiques, le choix de voie est avant tout une question de connaissance de soi. Voici les six questions que nous recommandons de se poser, dans cet ordre :

  1. Quel est mon profil scientifique réel ? Pas celui que je rêve d'avoir, celui que je peux objectivement mobiliser. Tes notes du lycée en sciences sont un bon proxy.
  2. Quel rythme suis-je capable de tenir ? Le PASS est plus dense et plus court, la LAS plus étalée et plus diversifiée. Aucun n'est facile, mais ils ne fatiguent pas pareil.
  3. Quel plan B me convient ? Si je rate, est-ce que je veux poursuivre dans la mineure (PASS) ou dans la licence (LAS) ? Quelle est l'option qui me résigne le moins ?
  4. Quelle est ma fac cible et que dit-elle des LAS ? Comme on l'a vu, les politiques varient drastiquement. Renseigne-toi avant Parcoursup.
  5. Ai-je une discipline secondaire qui m'intéresse vraiment ? Si oui, la LAS dans cette discipline est une vraie option. Si tu choisis une mineure ou une licence par défaut, tu paieras le manque de motivation au bout de quelques semaines.
  6. Quel accompagnement extérieur puis-je mobiliser ? Un coach, un tutorat, du soutien familial. Plus tu en as, plus la voie intensive (PASS) est tenable.

Notre verdict

Aucune voie n'est universellement meilleure. La meilleure voie, c'est celle qui correspond à ton profil, pas celle dont tu rêves d'avance, pas celle que ton entourage te recommande, pas celle qui « a marché » pour ton cousin il y a trois ans. Le bon choix est lucide, pas idéologique.

Et l'accès direct ?

L'accès direct mérite une mention à part. Il est très peu connu, parfois mal communiqué par les facultés elles-mêmes. Si tu es titulaire d'un master ou d'un doctorat, surtout en sciences du vivant, en pharmacie ou en STAPS, vérifie les modalités sur le site de chaque fac. Certaines (Bordeaux, Strasbourg, Montpellier) ouvrent une vingtaine de places par an pour ce profil, avec un dossier et un entretien plutôt qu'un concours classique. Les chances d'admission peuvent monter jusqu'à 25 % pour un dossier solide, bien au-dessus du taux de réussite des PASS.

L'accès direct est probablement la voie la plus mal exploitée du système actuel. Si tu correspond au profil, c'est une option à explorer sérieusement, en complément ou en remplacement d'une candidature PASS/LAS.

Conclusion provisoire

La diversification des voies opérée en 2020 reste un édifice complexe, mal lisible, et très inégalement appliqué d'une fac à l'autre. C'est sans doute son principal défaut : les étudiants les mieux informés (ceux dont les parents sont eux-mêmes médecins, ou qui ont les moyens de payer des conseils privés) profitent davantage de la diversité offerte que les autres. Notre rédaction continuera de cartographier ces zones d'ombre, université par université. Si tu as une expérience à partager, écris-nous : les meilleurs articles partent de témoignages réels.