Le 14 mars 2026, à 18h47, le ministère de l'Enseignement supérieur a discrètement mis en ligne le décret n°2026-217 modifiant l'organisation du concours PASS et des LAS. Pas de conférence de presse, pas de tribune dans Le Monde. Simplement un PDF de quarante-deux pages, à la prose technocratique parfaitement étanche, déposé un vendredi soir sur le site Légifrance. Trois semaines plus tard, à mesure que les facultés digèrent le texte, les contours d'une réforme structurelle commencent à se dessiner, et avec eux, ses zones d'ombre.
Pour les étudiants en PASS de l'année 2025-2026, l'impact sera limité : l'essentiel des dispositions s'applique à la rentrée prochaine. Mais pour celles et ceux qui prépareront le concours en 2026-2027, et plus encore pour les futurs candidats, c'est un changement de paradigme qu'il faut anticiper dès maintenant.
Le grand fractionnement des épreuves de janvier
C'est probablement la mesure la plus visible. La fameuse « épreuve couperet » de janvier, celle qui faisait basculer une année entière en quelques heures, disparaît dans sa forme actuelle. Le décret prévoit son remplacement par deux sessions distinctes : la première à mi-décembre, la seconde fin janvier, avec un poids respectif de 40 % et 60 % dans la note finale du premier semestre.
Plus surprenant : le ministère introduit un retour formel sur copie entre les deux sessions. Concrètement, chaque candidat se verra remettre, à la mi-janvier, un document personnalisé indiquant les chapitres maîtrisés, les notions à retravailler et, c'est la nouveauté, une recommandation pédagogique individualisée.
À retenir
Les deux sessions de décembre et janvier ne sont pas indépendantes : elles forment un ensemble pondéré, avec rattrapage partiel possible en cas de note très faible à la première.
Cette régulation pédagogique en milieu d'année est une demande que les associations étudiantes formulaient depuis 2019. La FAGE comme l'ANEMF avaient publié en 2024 un livre blanc commun défendant l'idée d'un « concours apprenant » plutôt qu'un « concours sanction ». Le ministère a manifestement entendu, ou, plus prosaïquement, a cherché à désamorcer la pression psychologique qui pèse sur la cohorte PASS, dont 22 % des étudiants déclaraient en 2024 avoir consulté un professionnel de santé mentale au cours de l'année.
Numerus apertus : une hausse modeste mais symbolique
Côté chiffres, le numerus apertus connaît une légère hausse de 3,2 % au niveau national, soit près de 480 places supplémentaires réparties entre les facultés. Une croissance proportionnellement plus marquée dans les facultés de l'Ouest (Brest, Nantes, Angers) et dans certaines facultés de province historiquement sous-dotées (Limoges, Poitiers).
| Université | Places 2025 | Places 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Paris Cité | 1 790 | 1 850 | +3,4 % |
| Sorbonne Université | 1 580 | 1 620 | +2,5 % |
| Lyon 1 | 1 405 | 1 450 | +3,2 % |
| Aix-Marseille | 1 340 | 1 380 | +3,0 % |
| Bordeaux | 1 245 | 1 290 | +3,6 % |
| Lille | 1 295 | 1 340 | +3,5 % |
Mais attention : cette hausse globale masque des disparités importantes. Si la médecine voit son contingent progresser de 4 %, la maïeutique (sage-femme) reste à l'étiage, et l'odontologie subit même une légère baisse dans deux facultés. Le pari du ministère est clair : orienter davantage de candidats vers les filières où le besoin médical territorial est documenté.
L'introduction des oraux dès la L1
C'est la mesure la plus discutée dans les couloirs des facultés. Plusieurs universités, Paris Cité, Lyon 1 et Aix-Marseille en tête, expérimentent dès septembre 2026 l'introduction d'oraux dès la L1, avec un poids modéré (10 à 15 %) dans la note finale.
L'objectif affiché est double. D'abord, préparer plus tôt les candidats à la dimension communicationnelle du métier : « Un médecin, c'est aussi quelqu'un qui parle, qui écoute, qui rassure », nous expliquait en mars Jean-Marc Plassard, doyen de la faculté de médecine de Lyon 1. Ensuite, départager plus finement les candidats au-delà de la seule performance écrite, dans une logique inspirée, sans le dire ouvertement, des modèles canadien et néerlandais.
Reste que la mesure suscite des inquiétudes légitimes. Les étudiants issus de milieux moins favorisés ou non francophones de naissance redoutent un biais social déjà documenté dans les concours d'entrée comportant des oraux. Le ministère promet un cadrage strict des grilles d'évaluation et un module de formation obligatoire pour les jurys, promesse qu'il faudra suivre de près.
Un médecin, c'est aussi quelqu'un qui parle, qui écoute, qui rassure.
La reconnaissance officielle des coachs étudiants
Le décret consacre, c'est une première, la reconnaissance officielle des dispositifs de soutien parascolaire dans le cursus PASS/LAS. Tutorat encadré obligatoire dans toutes les facultés, cellules psychologiques renforcées, et, disposition qui nous concerne directement, la mention explicite des coachs étudiants comme acteurs légitimes du soutien parascolaire, au même titre que les associations de tutorat ou les enseignants référents.
Concrètement, cela signifie que les facultés auront désormais l'obligation d'informer leurs étudiants de l'existence des dispositifs externes de coaching, et de ne plus les marginaliser dans leur communication officielle. C'est une victoire symbolique pour les acteurs du secteur, qui réclamaient depuis longtemps une sortie de l'invisibilité institutionnelle.
Précision
Cette reconnaissance ne signifie pas que les coachs étudiants deviennent des intervenants universitaires officiels. Ils restent des prestataires indépendants, mais sont désormais intégrés à la cartographie des ressources que les facs doivent communiquer aux étudiants.
Une mise en œuvre encore inégale
Sur le terrain, les premiers retours pointent une mise en œuvre très inégale selon les facultés. Si Paris Cité et Lyon 1 ont publié dès le 28 mars un calendrier détaillé d'application, d'autres universités, notamment dans le Grand-Est et en Île-de-France, n'ont pas encore communiqué publiquement leur dispositif. Les associations étudiantes alertent sur le risque de voir se creuser un écart entre les facultés « réformatrices » et celles qui appliqueront le minimum légal.
Un autre point d'attention concerne le financement. Le décret crée des obligations nouvelles (tutorat encadré, cellules psy renforcées, jurys d'oraux) sans flécher de budget supplémentaire à due concurrence. Plusieurs doyens, dont nous nous sommes entretenus en off, expriment leurs doutes sur la capacité à tenir les engagements ministériels à moyens constants.
Et maintenant ?
Pour les étudiants qui s'apprêtent à entrer en PASS à la rentrée 2026, plusieurs réflexes sont à adopter dès maintenant. D'abord, suivre attentivement la communication de leur faculté de rattachement : les modalités précises (calendriers, coefficients, formats des oraux) seront publiées entre mai et juillet. Ensuite, ne pas céder à l'anxiété de la nouveauté : dans l'esprit, le concours médecine reste ce qu'il a toujours été, une épreuve d'endurance, de méthode et de résilience.
Du côté de la rédaction, nous suivrons cette réforme de très près. Un dossier complémentaire est en préparation pour le mois de juin, avec un comparatif faculté par faculté des modalités d'application. Inscris-toi à notre bulletin si tu ne veux rien manquer.