En 2024, une enquête conjointe de l'ANEMF et de la Mutuelle des Étudiants révélait que 22 % des étudiants en PASS avaient consulté un professionnel de santé mentale au cours de l'année. Un chiffre vertigineux, d'autant plus qu'il ne comptabilise que les étudiants ayant franchi le pas de la consultation. Le réel est probablement plus large encore. Notre rédaction est composée d'anciens PASS : nous savons à quel point l'année peut être violente. Voici, sans grandiloquence, ce qui nous a aidés, et ce que la littérature scientifique confirme.
Réflexe 1 : protéger son sommeil comme un trésor
C'est le premier réflexe parce que c'est le plus contre-intuitif. Quand l'angoisse monte, la tentation est de gagner des heures sur la nuit. C'est une fausse économie. Une étude publiée en 2023 dans le Journal of Sleep Research a démontré qu'une privation modérée de sommeil (5h au lieu de 7h pendant cinq nuits) entraînait une chute de 32 % des performances de mémorisation à long terme, précisément la fonction qu'on sollicite intensément en PASS.
Le minimum vital se situe entre 7 et 8 heures. En dessous, tu paies au quintuple en efficacité ce que tu crois gagner en quantité. Quelques règles simples qui font leurs preuves :
- Aucun écran trente minutes avant de dormir. Aucune exception.
- Une routine de coucher fixe, même en révisions intensives, surtout en révisions intensives.
- Pas de café après 14h. Sa demi-vie biologique est de six heures : le café de 16h est encore actif à minuit.
- Si tu ne dors pas, ne reste pas au lit à ruminer. Lève-toi, lis quinze minutes, recouche-toi.
Tu paies au quintuple en efficacité ce que tu crois gagner en quantité.
Réflexe 2 : les micro-pauses, ces alliées invisibles
L'idée fausse la plus répandue en PASS, c'est qu'une journée de huit heures de révisions sans pause est plus efficace qu'une journée de six heures avec pauses. La recherche en sciences cognitives dit exactement l'inverse : au-delà de 50 minutes d'attention soutenue, le cerveau perd progressivement en consolidation mnésique. La méthode Pomodoro (25 minutes / 5 minutes), souvent moquée, repose sur ce principe documenté.
Notre recommandation, pour les PASS : des blocs de 90 minutes de travail concentré, séparés par des pauses de 15 à 20 minutes pendant lesquelles tu quittes ton bureau. Marche, regarde par la fenêtre, prépare un thé. Ne consulte pas tes mails de fac. Ne t'offre pas une « pause Instagram » : ce n'est pas une vraie pause, c'est une autre forme de sollicitation cognitive.
Réflexe 3 : tenir un carnet
L'écriture manuscrite quotidienne, quinze minutes par jour, pas plus, est l'une des interventions psychologiques les plus simples et les mieux documentées contre l'anxiété chronique. Plusieurs méta-analyses montrent une réduction significative des symptômes anxieux après huit semaines de pratique régulière, à condition d'écrire sans contrainte de forme : ce qui sort sort, on n'arrange pas, on ne corrige pas.
Trois questions pour démarrer
Si tu sèches devant la page, commence par : « Qu'est-ce qui m'a inquiété aujourd'hui ? Qu'est-ce qui m'a rassuré ? Qu'est-ce que je veux que demain m'apporte ? » Trois minutes. Tu seras surpris de ce qui sort.
Ce n'est pas un journal intime au sens classique. C'est un déversoir cognitif : tu sors de ta tête ce qui l'encombre, pour que ton cerveau cesse d'y revenir en boucle pendant les révisions. La pratique est gratuite, sans effet secondaire, et tu as déjà un carnet quelque part chez toi. Aucune raison de ne pas essayer.
Réflexe 4 : connaître les ressources de ta fac
Toutes les universités françaises disposent désormais d'un Service de Santé Universitaire (SSU) qui propose des consultations psychologiques gratuites et confidentielles. Les délais varient, de 48h à trois semaines selon les facs et les périodes, mais ces consultations existent et elles sont prises en charge par la Sécurité sociale étudiante. Le numéro et l'adresse sont sur le site de ta fac, généralement dans la section « Vie étudiante ».
Au-delà du SSU, plusieurs dispositifs nationaux gratuits méritent d'être connus :
- Santé Psy Étudiant : jusqu'à 12 séances gratuites par an avec un psychologue partenaire, sur prescription d'un médecin. Sans avance de frais.
- Nightline : ligne d'écoute nocturne tenue par des étudiants formés, dans plusieurs grandes villes universitaires. Anonyme, gratuit, ouvert le soir et la nuit.
- 3114 : numéro national de prévention du suicide, joignable 24h/24, gratuit. À mémoriser, même si on espère ne jamais avoir à l'appeler, pour soi, pour un ami.
Ces dispositifs ne sont pas des aveux de faiblesse. Ce sont des outils, comme un manuel d'anatomie ou une fiche de méthodologie. On les utilise quand on en a besoin, point.
Réflexe 5 : repérer les signaux d'alerte
Le PASS expose à un risque de dépression et de troubles anxieux significativement supérieur à la moyenne étudiante. Connaître les signaux d'alerte, c'est se donner la chance d'agir avant que la situation ne se dégrade. Les principaux signes :
- Troubles du sommeil persistants depuis plus de deux semaines.
- Perte d'appétit ou prise alimentaire excessive et impulsive.
- Pensées intrusives répétées, anxiété qui empêche de réviser.
- Isolement croissant, abandon des contacts sociaux.
- Sentiment d'inutilité, idées noires, perte d'envie pour ce qui faisait plaisir avant.
Si tu reconnais plusieurs de ces signaux chez toi ou chez un ami, n'attends pas. Parle à quelqu'un, un proche, un médecin généraliste, le SSU. Ce n'est pas dramatiser, c'est anticiper. Le coût d'une consultation inutile est nul. Le coût d'une consultation manquée peut être très lourd.
Le coût d'une consultation inutile est nul. Le coût d'une consultation manquée peut être très lourd.
Une dernière chose
Le concours médecine est une épreuve. Mais c'est seulement une épreuve. Quoi qu'il arrive, réussite, échec, redoublement, réorientation, tu resteras la même personne, avec la même valeur, les mêmes relations, les mêmes possibles. Ne laisse personne, et surtout pas toi-même, te convaincre du contraire pendant une mauvaise journée de novembre. On t'aime déjà bien comme tu es.